Dans un contexte marqué par une forte dépendance aux importations alimentaires, la question de la valorisation du riz local s’impose avec acuité. C’est autour de cette problématique stratégique que s’est tenu récemment un dîner-débat réunissant acteurs de la filière, décideurs et opérateurs économiques. Parmi les voix les plus engagées, celle de HAMADOU WADJIRI, président du conseil d’administration de la coopérative LOGONE-RIZ à Yagoua, a particulièrement retenu l’attention.

Pour ce grand producteur et transformateur, l’enjeu est clair : produire ne suffit plus, il faut vendre. Or, le principal obstacle réside dans l’accès au marché. « Le circuit de distribution est totalement verrouillé par les importateurs », déplore-t-il, dressant le portrait d’un système où le riz local peine à se frayer un chemin jusqu’au consommateur.
Face à cette réalité, des pistes de solutions ont émergé au cours des échanges. L’une des propositions phares retenues par M. WADJIRI :”il faudrait imposer aux importateurs un quota de riz local dans leur circuit de distribution”. Une mesure qui, selon lui si elle est adoptée, pourrait contribuer à rééquilibrer le marché et offrir une visibilité accrue à la production nationale.
Autre levier évoqué : l’appui de l’État à travers une subvention directe. “L’idée serait d’accorder une aide de 50 FCFA par kilogramme de riz local mis sur le marché, à l’image de l’initiative mise en œuvre au Sénégal. Une telle mesure permettrait de rendre le riz local plus compétitif face aux produits importés, souvent perçus comme plus accessibles”.
Mais au-delà des mécanismes économiques, c’est aussi sur le terrain des mentalités que se joue la bataille. Pour le PCA de LOGONE-RIZ , il est impératif de réconcilier les Camerounais avec leur production locale. « Il faut promouvoir notre riz, faire comprendre qu’il est excellent », insiste-t-il. Il oppose ainsi un riz local « naturel, sans ajouts chimiques » à un riz importé qu’il qualifie, sans détour, de « déchet de dernière catégorie ».
Le dîner-débat est ainsi apparu comme une étape dans un processus plus vaste, où producteurs, pouvoirs publics et consommateurs du riz camerounais sont appelés à redéfinir ensemble les contours d’un marché plus équitable.
Au fond, la question du riz dépasse le simple cadre agricole. Elle touche à l’économie, à la culture et à l’identité alimentaire. Et dans cette arène, chaque grain compte.

