Face aux enjeux de sécurité alimentaire, de productivité agricole et de gestion durable des ressources en eau, le Projet d’Appui au Développement des Filières Agricoles (PADFA II) a fait le choix stratégique d’investir dans les aménagements hydroagricoles. Cette décision vise à améliorer les performances rizicoles dans ses zones d’intervention. À travers une approche participative et des partenariats multiples, le projet a mis en œuvre des infrastructures structurantes, tout en assurant leur durabilité.

Pourquoi des aménagements hydroagricoles ?

Le choix de ces infrastructures repose sur deux constats : le potentiel rizicole élevé des zones de bas-fonds, plus rentable que les cultures pluviales, et la nécessité d’assurer une maîtrise de l’eau pour sécuriser les campagnes agricoles.

Ainsi, 100 hectares ont été aménagés dans la région de l’Ouest, et 158 hectares dans le Nord-ouest, tandis que pour l’ensemble de l’antenne de Maroua 3000 ha ont été travaillés. La réhabilitation du site de Bingou, dans l’antenne de Bafoussam, est emblématique de la démarche du PADFA II.

Situé dans l’arrière-pays de la localité de Bandounga, dans l’arrondissement de Tonga dans la région de l’Ouest, le site rizicole de Bingou, d’une superficie de 23,6 hectares, fait en effet figure de modèle en matière d’aménagement hydroagricole. Grâce au Projet ce périmètre de production jadis rudimentairement  exploité a connu une profonde transformation, tant sur le plan technique qu’économique. La capitalisation de cette expérience met en lumière les avancées majeures enregistrées et les défis relevés par les acteurs du projet.

Contexte et justification de l’aménagement

Avant les travaux de réhabilitation, le site de Bingou était exploité de manière artisanale par les producteurs locaux. Tout a débuté par l’identification, basée sur l’expression des besoins de la coopérative COOPCAPRORITO locale. Celle-ci exploitait certes déjà le site, mais faisait face à d’importantes difficultés hydrauliques, notamment en termes d’apport et d’évacuation de l’eau : les principales contraintes concernaient effectivement la gestion de l’eau, les difficultés d’accès, et l’insuffisance des infrastructures de soutien à la production. La zone souffrait en particulier d’un manque de canaux d’irrigation fonctionnels et d’un système de drainage inefficace. Les parcelles étaient de petite taille et l’irrégularité de l’approvisionnement en eau limitait fortement les rendements.

La mise en œuvre du projet a été motivée par la volonté de valoriser le potentiel agricole du bassin, d’assurer la sécurité alimentaire locale, et d’améliorer les conditions de vie des producteurs.

 Les réalisations infrastructurelles du PADFA II

La réhabilitation a permis la structuration du site en 3  blocs (A, B, C). Parmi les principales réalisations, il y a : la construction de  barrages de retenue, avec des  bassins  aménagés pour stocker l’eau, ce qui permet une maîtrise efficace de l’irrigation tout au long du cycle cultural ; l’aménagement de canaux primaires et secondaires : ces infrastructures assurent une distribution rationnelle de l’eau entre les parcelles ; la création de cavaliers et passerelles qui  facilitent la circulation des motoculteurs et des producteurs dans tout le site ; le planage des parcelles, un nivellement essentiel du terrain pour assurer une distribution uniforme de l’eau et améliorer la productivité ; enfin, la stabilisation des digues, un travail qui  a permis de réduire les inondations fréquentes lors des fortes pluies, préservant ainsi les cultures.

Ces réalisations ont été confiées à des prestataires sélectionnés via des appels d’offres. Un dispositif rigoureux de suivi a été assuré par les équipes du projet, appuyées par les délégations régionales du MINADER.

Des résultats et impacts positifs

Les effets de la réhabilitation sont manifestes, avec des résultats palpables : une meilleure maîtrise de l’eau et une extension significative des superficies cultivées, une augmentation notable des rendements agricoles, et l’émergence d’une gestion collective organisée et un désormais un respect désormais acquis du calendrier agricole. Pour le résultat le plus immédiatement visible, les producteurs de riz de Bingou sont passés de rendements faibles (2 à 5 sacs de paddy) à des niveaux largement supérieurs : entre 10 et 80 sacs selon les exploitants. Le nombre de bénéficiaires directs est aujourd’hui estimé à 43 producteurs exploitants les 3 blocs de culture, dont 36 sont actifs.

Quant aux impacts, ils sont également multiples. D’abord économiques : l’accroissement de la production a permis une amélioration notable des revenus. Les producteurs peuvent désormais subvenir plus aisément aux besoins de leurs familles, scolariser leurs enfants, et investir dans d’autres activités. Comme dit des riziculteurs : « Le PADFA II est venu nous enlever de la pauvreté ».

Ensuite, techniques : avec l’appui et l’encadrement du PADFA II, le site de Bingou offre un cadre propice à l’introduction de bonnes pratiques agricoles, avec un meilleur contrôle de l’eau, l’usage de motoculteurs et l’extension des superficies exploitées.

Enfin, on doit évoquer les impacts sociaux : en aménageant le site, le Projet a renforcé la cohésion des producteurs autour d’une gestion collective de l’eau, encadrée par une « police de l’eau » qui régule efficacement les tours d’arrosage composée des utilisateurs des sites eux-mêmes, avec des formations théoriques et pratiques.

 Défis et leçons apprises

La principale difficulté a concerné le terrassement du site, rendu complexe par la topographie. La stabilisation des barrages a nécessité d’importants apports en terre. Cependant, grâce à la participation active des bénéficiaires et la bonne coordination du PADFA II, ces obstacles ont été surmontés.

Avec Bingou et Bassamba à l’Ouest, Djagfa-Kaikai et autres Djalingo ou Kismatari parmi la douzaine d’AHA réalisés dans l’antenne de Maroua, le Projet a ainsi démontré que la réussite d’un aménagement agricole repose sur trois piliers : une bonne planification technique, l’implication effective des producteurs, et l’accompagnement institutionnel.

L’expérience du PADFA II montre que les aménagements hydroagricoles ne sont pas qu’un investissement technique, mais un levier de transformation sociale et économique.

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