Au Cameroun, l’un des principaux défis rencontrés par les producteurs agricoles reste la conservation des récoltes. Les pertes post-récolte sont énormes, liées au manque d’infrastructures dédiées, et le cas échéant à la mauvaise qualité de celles qui existent, caractérisées par une insalubrité et une humidité excessives. Autant de choses qui compromettent les efforts des agriculteurs, en particulier dans les filières comme le riz et l’oignon. Le Projet d’appui au développement des Filières Agricoles (PADFA II), financé par le FIDA et mis en œuvre dans plusieurs régions du pays, a apporté une réponse concrète et innovante à cette problématique, à travers la construction de magasins modernes de stockage adaptés aux besoins des producteurs.
Des infrastructures de stockage modernes et adaptées
Tout en réhabilitatiant la plupart des bâtiments de commerce et de conservation qu’il avait réalisés dans sa première phase, Le PADFA II a procédé à la construction de magasins de grande capacité, spécifiquement conçus pour les spéculations soutenues par le projet.
Ainsi, dans l’antenne de Maroua, pour le riz, 14 magasins d’une capacité de 3710 t, tandis que pour pour l’oignon, il y en a 4, d’une contenance de 800 t. En ce qui concerne l’antenne de Bafoussam, 4 magasins sont en jeu, auxquels s’ajoutent 2 unités de transformation de riz.
Ces infrastructures tiennent compte des exigences techniques liées à chaque produit :
Pour le riz, l’accent a été mis sur l’étanchéité des bâtiments afin de limiter l’humidité, principale cause de dégradation du paddy. S’agissant de l’oignon les magasins favorisent une ventilation maximale. Les constructions surélevées de plafond et les matériaux résistants permettent d’éviter la pourriture, fréquente dans les entrepôts traditionnels. En outre, des claies métalliques et en bambou durable ont remplacé les claies en bois, trop fragiles et périssables. Une aération optimale est assurée pour maintenir les grains en bon état.
Des bénéfices multiples pour les coopératives
Les retombées de ces infrastructures sont significatives. Il y a d’abord une réduction significative des pertes post-récolte. : 40%, en particulier pour l’oignon. C’est dire qu’en pouvant désormais stocker leurs récoltes dans de meilleures conditions, les producteurs parviennent à limiter drastiquement les pertes dues aux intempéries, rongeurs ou mauvaises pratiques.
Ensuite, il y a une valorisation économique certaine : grâce au stockage sécurisé, les producteurs peuvent attendre les périodes de hausse des prix pour vendre, plutôt que de céder à vil prix au premier client venu, par crainte de détérioration précoce. Enfin, il ya la possibilité des ventes groupées et du pouvoir de négociation qui en est renforcé : le système collectif de stockage permet aux coopératives de vendre directement aux commerçants dans leur magasin qui tient donc lieu de point de vente obligé, réduisant ainsi la dépendance du producteur isolé face aux acheteurs spéculateurs. Cela limite aussi les coûts de transport vers les marchés.
La transformation locale : un pas de plus vers la valeur ajoutée
Le PADFA II ne s’est pas limité au stockage. Certains magasins ont été dotés d’équipements de transformation. Ils ont été dotés, particulièrement pour le riz, de décortiqueuses de paddy, ce qui permet aux coopératives de transformer localement leur produit, ajoutant de la valeur avant la vente. Il ont également reçu du matériel d’ensachage : ce conditionnement professionnel des produits facilite leur commercialisation et améliore leur attractivité.
Ces équipements offrent aux producteurs de nouvelles opportunités commerciales et renforcent la compétitivité de leurs produits sur le marché.




Une gestion participative et durable des infrastructures
La durabilité des réalisations était un enjeu majeur. C’est pourquoi le PADFA II a accompagné les bénéficiaires des magasins dans la mise en place de comités de gestion (Coges) issus des coopératives elles-mêmes. Pour les rendre opérationnels, ces comités ont été formés à la gestion des stocks, à la comptabilité simplifiée et à l’entretien régulier des infrastructures.
Ce transfert de compétences favorise l’autonomie locale et prépare la pérennisation des infrastructures et de leurs activités une fois le projet terminé.
En dotant les producteurs de riz et d’oignon d’infrastructures de stockage modernes et bien pensées, le PADFA II a posé les bases d’une agriculture plus rentable, plus résiliente et mieux structurée. Cette initiative, au-delà de la simple construction de bâtiments, est un véritable levier de transformation pour les filières agricoles ciblées, renforçant la sécurité alimentaire et les revenus des ménages ruraux. Un modèle inspirant pour d’autres projets de développement agricole au Cameroun et en Afrique.
