Dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord du Cameroun, marquées par l’aridité et une insécurité alimentaire chronique, une initiative simple mais innovante est en train de transformer la vie des femmes rurales : les jardins collectifs. Porté par le PADFA II, avec le soutien financier de l’AFD, ce projet donne des résultats concrets et inspirants.

Un problème structurel : la malnutrition due à la pauvreté alimentaire

Dans cette partie sahélienne du Cameroun, l’accès à une alimentation diversifiée a toujours été un défi. Pendant une grande partie de l’année, les légumes et produits maraîchers sont quasi inexistants dans les villages, en raison de la sécheresse, du manque d’irrigation, et d’un système agricole peu adapté à ces cultures. Les régimes alimentaires y sont souvent monotones, composés essentiellement de céréales, et cela affecte la santé des familles, notamment des enfants et des femmes enceintes.

Une réponse adaptée : l’initiative des jardins collectifs

Conscient de cet enjeu, le Projet d’Appui au Développement des Filières Agricoles (PADFA II) a intégré dans son intervention une innovation sociale forte : les jardins collectifs. Cette approche a été lancée au sein des coopératives riz et oignon accompagnées par le projet. L’idée est simple : offrir aux femmes des espaces agricoles communautaires où elles peuvent cultiver, en groupe, divers légumes (gombo, tomate, carotte, laitue, aubergine, etc.), partager équitablement les récoltes, ou les vendre ensemble pour en faire une source de revenus.

Ces jardins collectifs ne sont pas seulement une réponse à la pauvreté nutritionnelle. Ils sont aussi un levier de transformation pour les femmes. En cultivant ensemble, elles renforcent leur cohésion sociale, leur autonomie financière et leur capacité à subvenir aux besoins de leur famille, indépendamment de leurs époux. La vente groupée de la production leur permet de générer des revenus réguliers, de mieux gérer les finances familiales, et parfois même d’investir dans d’autres activités.

Un appui multiforme pour garantir la durabilité

Soutenu par un financement de l’Agence Française de Développement (AFD), le PADFA II a doté ces femmes d’intrants agricoles (semences maraîchères, engrais biologiques), mais aussi d’un appui technique essentiel. Car la majorité de ces bénéficiaires n’avaient jamais pratiqué le maraîchage, encore moins cultivé des espèces exotiques comme les champignons, dont elles découvrent aujourd’hui les vertus nutritionnelles et économiques.

Autre pilier crucial : l’eau. Pour que ces jardins produisent même en saison sèche, le projet a réalisé des forages et installé des pompes hydrauliques, garantissant un accès constant à l’eau pour l’irrigation. C’est ce qui rend possible la culture en toute saison.

Des résultats concrets et visibles dans les villages

Aujourd’hui, 5 jardins collectifs sont déjà  opérationnels : 3 dans l’Extrême-Nord et 2 dans le Nord. Et les effets sont déjà palpables : les légumes sont devenus disponibles dans les marchés et ménages de leurs zones, les habitudes alimentaires évoluent, et les femmes jouent un rôle central dans cette révolution silencieuse. Fini le temps où l’on attendait les marchands de Garoua ou Maroua pour accéder aux légumes frais. La souveraineté alimentaire locale prend racine.

Une action durable, au-delà du projet

Le plus grand pari du PADFA II était de créer une dynamique qui survivra à son propre retrait. Et tout indique qu’il sera gagné : les femmes, désormais formées et équipées, comptent bien poursuivre leurs activités de jardinage collectif. Elles ont trouvé dans la terre, non seulement une source de nourriture, mais aussi de dignité et de pouvoir.

Exemple des femmes de Kalsendi

À Kismatari, dans le département de la Benue (Nord), la coopérative rizicole Kalsendi, constituée essentiellement de femmes, incarne aujourd’hui un exemple remarquable de mise en œuvre de l’initiative Jardin Collectif. Ces femmes ont réussi à diversifier leurs activités. Elles exploitent aujourd’hui un champ maraîcher de 2,5 hectares. Elles y cultivent principalement le foléré (hibiscus sabdariffa) et le gombo, deux légumes très prisés dans l’alimentation locale et riches en nutriments. Ce jardin leur assure  ainsi une autosuffisance alimentaire diversifiée, pour leurs familles, tout en générant des revenus à travers la vente des excédents sur les marchés locaux.

Diversification innovante : petit bétail et culture de champignons

Les femmes de Kalsendi se sont également lancées  dans l’élevage de petit bétail, chèvres  volailles, et se sont même  aventurées dans la culture des champignons, une activité jusqu’ici totalement absente du paysage agricole et des menus culinaires septentrionaux. Cette innovation ouvre non seulement de nouveaux débouchés économiques, mais elle suscite aussi l’intérêt d’autres coopératives de la région, séduites par le potentiel de ce nouveau produit.

Le projet des jardins collectifs est une démonstration puissante que de petites solutions, bien pensées et bien accompagnées, peuvent répondre à de grands problèmes. Le PADFA II, en misant sur les femmes, a planté des graines d’espoir et d’autonomie dans les zones les plus vulnérables du Cameroun. Et les fruits de cette initiative ne font que commencer à mûrir.

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