Le magasin de stockage de production d’oignons de la coopérative AGRELBA, à Banoudim.
À Banoudim, dans l’arrondissement de Bangangté, département du Ndé, dans la région de l’Ouest, le changement se voit. Il se touche même. Au milieu des terres noires caractéristiques de cette partie du Cameroun, un bâtiment flambant neuf attire le regard. Sa façade jaune et rose, largement ajourée pour favoriser la ventilation, abrite désormais un précieux trésor : des oignons récoltés par les producteurs de la coopérative AGRELBA.
À l’entrée, une plaque rappelle l’origine de cette infrastructure : un magasin de stockage de production d’oignons de 80 tonnes, réalisé dans le cadre du PADFA II, avec l’appui du FIDA et de ses partenaires. La mise en œuvre indiquée est février 2026.
À l’intérieur, quelques structures en bois accueillent les bulbes. L’air circule entre les claies et les différents niveaux de stockage. Ailleurs, des tas d’oignons sont bien étalés de manière organisée et “respirent”. On sent qu’ils ne sont pas abandonnés à l’improviste. Et que nous sommes dans un véritable lieu de conservation.
« Notre magasin est un don de Dieu »
Pour Meli Jeanne-Célestine, membre de la coopérative AGRELBA et guide du jour, cette construction ressemble presque à un cadeau tombé du ciel. « Notre magasin est un don de Dieu », résume-t-elle.
Lorsque le PADFA II commence à s’intéresser à la coopérative, les producteurs sont loin d’imaginer qu’un jour ils disposeront d’un tel ouvrage.
« Quand nous avons commencé avec le PADFA II il y a 3 ans, nous étions un peu confus. C’était la première fois qu’un projet de cette nature s’intéressait à notre coopérative », raconte Mme Meli. L’idée d’un magasin lui paraît alors tellement improbable qu’elle n’ose presque pas y croire.
Pourtant, au fil des échanges, le besoin de disposer d’un espace de stockage est clairement exprimé. Puis arrive le jour où le président du conseil d’administration annonce la nouvelle aux membres : le projet est acquis.
La réaction est immédiate. « Allez seulement commencer à nettoyer le site ! » Quelques membres de la coopérative se mettent aussitôt à l’œuvre. Mme Meli raconte qu’ils commencent le défrichage le soir même et travaillent jusqu’à 19 heures, portés par l’enthousiasme. Malgré tout, le doute persiste encore : le projet semble trop beau pour être vrai.
Puis les techniciens arrivent. L’implantation commence. Les engins de chantier suivent. Cette fois, plus personne ne doute.

Mme Meli Jeanne-Célestine montre les oignons désormais conservés dans le magasin.
Du stockage sous le lit à un véritable magasin
Avant le magasin, les producteurs devaient composer avec des solutions de fortune. Mme Meli décrit une situation qui résume à elle seule les difficultés rencontrées par les producteurs.
« C’est à ce moment-là que j’ai compris que le temps où je gardais mes oignons sous le lit, et où je ne savais même pas où mettre les pieds dans ma cuisine sans marcher sur des bulbes était terminé. »
L’image est parlante. Faute d’espace adapté, une récolte destinée à procurer des revenus pouvait envahir les maisons et les espaces de vie.
Pire encore, certains producteurs étaient contraints de louer des pièces chez des particuliers pour y entreposer leurs récoltes. Une solution coûteuse, inconfortable et qui ne garantissait même pas une bonne conservation.
« On payait, mais ça pourrissait quand même », déplore Mme Meli. Il fallait parfois revenir chez les propriétaires pour retourner les oignons, avec le risque de provoquer des tensions lorsque les producteurs arrivaient à l’improviste.
Le nouveau magasin rompt avec cette précarité.
Conserver pour ne plus vendre dans l’urgence
L’un des premiers effets de l’infrastructure est déjà visible sur la campagne agricole en cours.
Les producteurs peuvent désormais récolter leurs oignons en sachant qu’ils disposent d’un endroit où les conserver. Selon Mme Meli, cette perspective change profondément leur rapport à la vente.
Avant, la crainte de perdre la récolte obligeait parfois à vendre rapidement, même lorsque les conditions n’étaient pas favorables.
« Personnellement, je n’ai plus de pression », témoigne-t-elle.
Elle reconnaît avoir vendu une partie de sa production en urgence à l’approche de la rentrée scolaire. Mais, désormais, la situation est différente : elle sait que ses oignons peuvent rester au magasin beaucoup plus longtemps.
« Maintenant je n’aurai plus besoin de brader mes oignons, sachant qu’ils peuvent désormais faire même un an ici au magasin. »
Derrière cette phrase se trouve l’un des enjeux essentiels de l’investissement : permettre aux producteurs de ne plus être prisonniers de l’urgence.

Une infrastructure conçue pour favoriser la ventilation et la conservation de la production.
Un bâtiment, mais surtout une nouvelle marge de manœuvre
Le magasin ne représente donc pas seulement quelques murs et des claies en bois. Pour AGRELBA, il constitue un outil économique.
Les anciennes dépenses de location disparaissent progressivement. Les pertes liées à la dégradation des produits doivent également diminuer. Et surtout, les producteurs disposent désormais de davantage de temps pour organiser la commercialisation de leur récolte.
Mme Meli résume la situation sans détour : « C’était une sacrée perte non seulement en coût de location, mais aussi en pertes du produit lui-même. »
Le magasin est ainsi appelé à produire un effet qui dépasse largement sa fonction première. En permettant de conserver la production, il donne aux membres de la coopérative une capacité supplémentaire pour gérer leur récolte et leurs revenus.
Un magasin pour toute la communauté
Autre particularité importante : l’infrastructure n’est pas pensée uniquement pour les 26 membres actuels d’AGRELBA.
La coopérative envisage déjà son ouverture à d’autres producteurs du village. Ceux-ci pourront louer des espaces pour conserver leurs produits, notamment le maïs ou le haricot, moyennant une contribution destinée à participer aux frais d’entretien.
Cette perspective donne au bâtiment une dimension communautaire.
Le magasin, construit pour répondre au départ aux besoins de la production d’oignons, pourrait ainsi devenir progressivement une infrastructure de stockage au service de l’ensemble de la communauté de Banoudim.

Le bâtiment vu de l’extérieur : une infrastructure désormais au cœur de la stratégie de stockage d’AGRELBA.
« Si le FIDA revient ici dans 10 ans… »
La question de l’après-PADFA II préoccupe déjà les membres de la coopérative.
Conscients que le projet ne sera pas éternellement présent à leurs côtés, les responsables d’AGRELBA ont commencé à réfléchir à l’entretien de l’ouvrage.
La volonté est claire : préserver l’investissement et garantir sa fonctionnalité dans la durée.
« Le bâtiment est si important pour nous que, comme le PADFA II est en train de partir, AGRELBA s’est déjà réuni pour voir comment on va assurer son entretien régulier et correct », explique Mme Meli.
Elle va même plus loin : « Nous avons tous intérêt à ce que ce bijou que Dieu nous a donné soit bien conservé. Si le FIDA revient ici dans 10 ans, il va trouver le magasin intact et toujours opérationnel ! »
À Banoudim, cette promesse vaut presque autant que l’ouvrage lui-même.
Un investissement qui change déjà les habitudes
Les images du nouveau magasin racontent une transformation : une productrice pose fièrement devant l’infrastructure ; à l’intérieur, elle montre les oignons désormais installés dans les espaces de stockage ; derrière elle, les claies en bois témoignent d’une organisation nouvelle. À l’extérieur, le bâtiment, propre et solidement aménagé, tranche avec les anciennes solutions improvisées.
Le changement n’est donc pas seulement architectural. Il est économique, social et surtout humain.
À travers ce magasin de 80 tonnes, le PADFA II a donné à AGRELBA bien plus qu’un espace pour entreposer des oignons : il a contribué à créer les conditions pour que les producteurs puissent conserver leur récolte, réduire leurs pertes et vendre avec davantage de sérénité.
À Banoudim, le magasin vient à peine d’ouvrir ses portes. Mais pour ses bénéficiaires, une page de leur vie est déjà tournée.
