Sur les marchés du Nord, Zouria Théâtre met en scène la culture du riz et de l’oignon

Feuilletons radiophoniques, capsules vidéo et caravanes artistiques : à Garoua, la troupe Zouria Théâtre a fait le pari de l’art pour sensibiliser les producteurs du Nord dans le cadre du PADFA II.

Sur le marché de Guider, les danseuses du groupe Les Amazones du Sahel ouvrent la caravane artistique sous les yeux d’une foule dense.

À Garoua, Ousmanou Salli n’est pas metteur en scène par hasard : c’est en artiste de théâtre qu’il a répondu, avec sa troupe Zouria Théâtre, à l’appel à candidatures lancé par le PADFA II à destination des associations capables d’accompagner localement les producteurs de riz et d’oignon. « En tant qu’artistes, notamment de théâtre, nous nous sommes proposés avec l’idée de sensibiliser les populations grâce à notre art », résume-t-il. De cette rencontre entre planches et champs est né MI FOU MI FOUTI — « Moi aussi je peux » en fufulde —, un projet construit autour d’une conviction simple : la culture du riz et de l’oignon n’a rien d’hors de portée, et il suffit parfois d’un sketch pour le faire comprendre à tout un marché.

Le théâtre entre dans les postes radio

Le projet a d’abord pris la voie des ondes. Zouria Théâtre a produit dix émissions de théâtre radiophonique de quinze minutes chacune, diffusées sur plusieurs radios locales du septentrion — Galaxie FM, FM Gashiga, Excellence FM — installant, semaine après semaine, dans le quotidien des auditeurs, des personnages et des intrigues qui parlent d’engrais, de semences et de récoltes. Le rapport d’activité du projet documente un travail de studio minutieux : enregistrements de voix, mastering, bruitages et musiques composés spécialement pour habiller les feuilletons, avant leur diffusion puis leur publication sur les réseaux sociaux pour qu’ils continuent à circuler bien après la fin du programme.

En studio, comédiens et technicien enregistrent les épisodes du feuilleton radiophonique MI FOU MI FOUTI, diffusé ensuite sur Galaxie FM, FM Gashiga et Excellence FM.

Des capsules vidéo tournées au bord des rizières

Dans un second temps, la troupe a posé sa caméra directement sur le terrain : deux capsules vidéo de sensibilisation aux techniques culturales ont été tournées en pleine campagne, pieds dans la boue des parcelles de riz, micro perche tendu au-dessus des rangs de plants. Un choix de format pensé pour durer, explique le projet, puisque ces vidéos, une fois postées sur les réseaux sociaux, resteront consultables bien après le départ du PADFA II — une trace qui continue d’informer les producteurs longtemps après la clôture officielle du sous-projet.

Tournage des capsules vidéo de sensibilisation aux techniques culturales, dans les rizières et sur les terres en préparation, autour de Garoua.

La caravane artistique, ou l’art d’aller chercher la foule

Mais le cœur du dispositif, celui qui a demandé le plus d’énergie à la troupe, reste la caravane artistique. Son principe, Ousmanou Salli le décrit avec la précision de quelqu’un qui l’a répété cinq fois sur le terrain : « On cible un marché périodique pour toucher le plus de monde en même temps. Sur les lieux on met de l’ambiance pour attirer les gens, avec de la musique genre tambours et djembé. Dès que la foule est assez dense, notre troupe forme une scène en cercle, et nous jouons un sketch sur des sujets liés à la culture du riz et de l’oignon. Après quoi nous engageons des échanges à bâtons rompus avec les spectateurs », précise-t-il — l’occasion de relayer les informations sur les filières fournies par le PADFA II et de faire connaître la plateforme SIMRO, le système d’information sur le marché du riz et de l’oignon.

Entre octobre et novembre 2025, cette mécanique a été rejouée dans cinq localités du Nord : Guider, Baïla, Djalingo, Lagdo et Figuil.

Marché de Baïla : la foule s’agglutine autour de la caravane, un vendeur est interviewé, les tambours donnent le signal du rassemblement avant le sketch.

Le succès populaire a dépassé les attentes de la troupe. À Baïla dans le Mayo-Louti, malgré un soleil au zénith, environ 300 personnes ont suivi la prestation ; à Djalingo, la foule est montée à 400 spectateurs, parmi lesquels le président des jeunes de la ville, venu livrer ses impressions au micro ; à Lagdo, sur le marché aux poissons construit près du barrage, ce sont près de 600 personnes qui se sont arrêtées, reparties avec un vocabulaire tout neuf — PADFA II, SIMRO, magasin de stockage, coopérative. La dernière étape, à Figuil, a réuni environ 400 personnes autour d’une animation prolongée à une heure trente, avant que les autorités locales ne saluent l’initiative de la troupe.

Étape finale à Figuil : accueil par les autorités municipales, animation au djembé et sketch final, sous les couleurs orange du projet MI FOU MI FOOTI.

Un art qui reste sur le terrain

De retour à Garoua après la dernière date, Ousmanou Salli a pris le temps de remercier chacun des vingt et un membres de la caravane — comédiens, danseurs, photographes, technicien du son — pour ce travail mené, marché après marché. Reste, au terme du projet, l’essentiel de ce que Zouria Théâtre voulait démontrer : qu’un tambour, un cercle de spectateurs et vingt minutes de sketch peuvent parfois faire circuler une information agricole plus efficacement qu’une affiche — et que la culture, dans tous les sens du terme, se cultive aussi sur la place du marché.

S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire